ADAJA est née dans les années 1970. Alors que sa fondatrice, Elisabeth Delma, recevait quotidiennement des sollicitations financières de son entourage, elle a l’idée d’aider les jeunes femmes dans le besoin en leur transférant son propre savoir-faire : le tissage du coton sur des métiers à bras.

Depuis 2017, sa fille Elienaï a repris la direction du centre et a insufflé une nouvelle dynamique, alliant innovation et tradition, notamment dans la recherche et le développement de nouvelles teintures végétales et les rythmes et textures du tissage.

Ainsi, le Centre ADAJA se développe sur deux piliers : L’entreprise ADAJA gère les activités de production et de vente des textiles en coton. La Fondation ADAJA met en place les actions de solidarité chères à la fondatrice au service des employés d’ADAJA et des membres de sa Fondation. Cette double identité juridique lui permet de répondre à des impératifs commerciaux tout en prenant en compte les problématiques sociales, humaines et environnementales de son milieu.

ADAJA, c’est avant tout une marque responsable, engagée aux côtés de femmes en situation d’extrême vulnérabilité pour faciliter leur insertion sociale et professionnelle. Depuis plus de 50 ans, transmet la passion du métier artisanal pour permettre aux personnes vulnérables d’exercer une activité valorisante et rémunérée.

Un centre d’excellence textile

L’art du tissage

Riches d’un savoir-faire de plus de 50 ans, les tisserandes maitrisent à la perfection le tissage avec tout type de fils pour créer des étoffes aux touchers variés d’une qualité exceptionnelle. Loin des produits standards du marché́ du tissage traditionnel, les produits Adaja se démarquent par le rythme, les couleurs, les motifs et la haute qualité des étoffes pour répondre aux standards internationaux

La teinture naturelle

Adaja utilise des plantes locales et de saison pour réaliser des teintures singulières et éclatantes, directement réalisées sur le centre. La qualité́ des teintures végétales est sans égale sur le marché́ : le processus de teinture comporte une quinzaine d’étapes contre 5 en moyenne sur le marché, et 6 à 7 bains sont réalisés pour chaque teinture, contre 2 en moyenne sur le marché.

Adaja travaille main dans la main au rythme de l’artisanat et la nature. Les collections ne sont jamais uniformes du fait de l’irrégularité du travail manuel, aussi car le procédé de teinture naturelle est entièrement manuel. Le bleu indigo du mois de juin sera toujours différent de celui du mois de Septembre. Pour quelle raison ? La zone de culture, la saison, le procédé de culture et de récolte ont une incidence sur la teinte finale.

Comme le dit de manière très pragmatique et ludique Bibata, une artisane du centre : « Pourquoi rechercher constamment l’uniformité ? Lorsque l’on décide de produire avec la nature, on ne peut pas tout contrôler. Nous les humains, ne sommes d’ailleurs ni uniformes ni symétriques. Pourquoi souhaitons-nous que les produits de la nature le deviennent ? ». Une réflexion qui fait sens à une époque où tout est standardisé et uniformisé.

Filature manuelle

Soucieux de préserver l’ensemble des savoir-faire textile et de proposer une offre complète à ses clients, le centre a relancé la filature main en 2018 avec notre appui : un savoir-faire ancestral qui offre des fils soyeux et épais à la fois, portant les marques des mains des fileuses, illustration parfaite du travail fait-main. Le centre propose cette alternative à ses clients en plus du coton filé de façon industrielle.

Les administratrices du centre en collaboration avec les artisanes souhaitant constamment donner une nouvelle dynamique aux savoir-faire artisanaux à travers l’alliance de la tradition et la modernité.

Un centre d’accompagnement et de formation

La Fondation ADAJA qui est le deuxième volet du centre propose aux femmes en situation d’extrême précarité de se former à un métier valorisant autre que ceux liés au secteur textile. Aujourd’hui, la Fondation propose plusieurs cursus de formation gratuits.

Le Centre Adaja abrite une quarantaine d’artisans à qui il transmet son expertise et son savoir-faire d’exception dans le tissage et la teinture. Il permet aux personnes vulnérables de s’insérer ou se réinsérer professionnellement : veuves, personnes porteuses d’un handicap, orphelins, personnes ayant subis des violences physiques, ayant été écartées du système scolaire… Le management de l’effectif est aux antipodes de ce que l’on peut apprendre dans les manuels européo-centrés. Ici les choses se font à leurs rythmes. Les priorités ne sont pas les mêmes. Le temps, de sa gestion à sa conceptualisation sont totalement différentes. C’est cette énergie et cette vision qui font aussi partie de nos inspirations.

La force de ce centre réside sur sa capacité de résilience, son pragmatisme et sa volonté de s’adapter aux réalités du marché en misant sur la qualité du travail bien fait avant toute chose. Un centre porté à bout de bras par une mère et sa fille, dans une société où le poids des traditions n’est pas toujours avantageux pour les femmes qui décident d’entreprendre différemment. Un centre qui n’a jamais bénéficié de subventions et fonctionne (de manière exsangue par moment) grâce à la volonté de ses fondatrices.

Pourquoi rechercher constamment l’uniformité ? Lorsque l’on décide de produire avec la nature, on ne peut pas tout contrôler. Nous les humains, ne sommes d’ailleurs ni uniformes ni symétriques. Pourquoi souhaitons-nous que les produits de la nature le deviennent ?

Bibata, artisane au Centre Adaja.

Un centre au fonctionnement singulier

Nous sommes dans une société qui aspire de plus en plus à revenir vers l’artisanat, le fait-main mais qui en même temps exige que ce fait-main soit aussi standardisé qu’un produit manufacturé. Un produit fait-main à de la vie, est marqué par les histoires de l’agriculteur, de l’artisan, de la nature qui ont eu à interférer dans sa production. Un produit comme nous, qui vieillit et change avec le temps, portant les cicatrices de sa vie.

Le Burkina Faso est un pays sahélien sans accès à la mer, enfermé entre la Cote d’ivoire, le Mali, le Niger, le Ghana, le Togo et le Bénin. Les ressources y sont très rares, mais le pays arrive malgré tout à produire beaucoup avec le peu de ressources locales. Un modèle de résilience qui m’a énormément surpris et inspiré. De tous les pays d’Afrique de l’Ouest et plus largement d’Afrique subsaharienne, le Burkina Faso reste l’un des rares pays à avoir échappé à une hypermondialisation. Ce qui a permis de préserver un grand nombre de savoir-faire et de techniques traditionnelles. Produire avec le peu que l’on a. C’est un avantage considérable pour Umòja, à ce titre nous pouvons tracer non seulement le coton biologique avec lequel nous travaillons, mais aussi les plantes et minéraux utilisés dans le processus d’ennoblissement artisanal des textiles.

Page Facebook du centre ADAJA
Burkina Faso

La notion de développement dans nos sociétés est souvent associée à l’industrialisation voire l’hyper-industrialisation. Cependant, le marché de l’artisanat au Burkina Faso me permet de constater qu’il peut être une réelle alternative porteuse de développement : économique, sociale et environnementale, s’il est cadré et accompagné de mesures réglementaires pertinentes. Ma présence sur place a consolidé la relation avec notre partenaire Adaja. Au-delà de la relation acheteur/vendeur, nous souhaitons permettre aux femmes d’exprimer leur créativité, d’expérimenter de nouvelles techniques, de nouvelles formes, en les sortant du carcan souvent imposé aux artisans : produire constamment la même chose. Cette contrainte freine les artisans dans leur volonté d’expansion sur un marché international exigent et à l’affut de l’originalité et de perle rare. Le tissage traditionnel peut se réinventer et sortir du cliché du « boubou africain », pour explorer d’autres horizons plus contemporains, en ouvrant la voie d’une mondialisation plus positive, sans pour autant perdre son essence.

Les notions de « finition » et « d’esthétisme » non plus les mêmes aspects d’un pays à un autre. Nous avons aussi compris avec Adaja que le management se fait avant tout en collaboration avec l’humain. Les décisions d’une organisation se prennent collectivement, avec l’avis et l’accord de tous les membres de l’effectif. Une conception peut-être un peu archaïque et clanique, mais celle-ci fait ses preuves et prend en compte l’individu dans son environnement.