Après la première collection, nous avons constaté une contradiction dans notre démarche. Nous ne pouvions pas continuer à produire de la même manière. Être considérée comme une marque éthique ou responsable ne suffisait pas. Il fallait pousser l’initiative beaucoup plus loin. Avant d’être créateur, nous sommes d’abord consommateur. Nous devons avoir cette exigence, qui nous oblige à ne pas nous contenter de discours marketing policés, pour vendre un grand nombre de chaussures et viser la pleine croissance.

Peut-on se revendiquer réellement responsable lorsque l’on continue à utiliser des matières pétrochimiques et d’autres matières dont la traçabilité reste floue ? Qu’advient-il de nos chaussures quand elles sont hors d’usage ? Le recyclage est-il la panacée ? Telles sont les questions que nous nous sommes posés.

Ces deux dernières années nous avons arrêté de produire pour nous concentrer sur la recherche et le développement de textiles, de matières et de techniques de production plus vertueuse. Notre objectif premier a été de décomposer entièrement les sneakers, élément par élément, pour mieux les connaitre et mieux comprendre leurs rôles. Cette décomposition nous a permis de prendre conscience de la quantité de matériaux (généralement entre 15 et 50 empiècements) entrant dans le processus de conception d’une paire de sneakers.

Nous avons donc testé, recherché et expérimenté autant de fois que ce fût nécessaire dans l’objectif de concevoir une sneaker sans aucune matière de synthèse. Une sneaker 100% végétale à l’extérieur autant qu’a l’intérieur : des fils de couture, à la colle, de la semelle de confort, à la semelle intermédiaire, en passant par la mousse, les contreforts au niveau du talon, ainsi que les renforts au bout du pied. Un certain nombre d’éléments dont la composition est souvent passée sous silence par les marques qui créent de nouveaux produits : green, issus du végétal, vegan… Pourquoi ? très certainement parce que ces matériaux sont systématiquement composés de matières plastiques non recyclables, car trop complexes. Même si les initiatives se multiplient pour essayer d’apporter des solutions, bien souvent les marques ne communiquent que sur les éléments visibles ou « vendeurs ».

Pour l’heure, en France il n’existe pas de filière de recyclage de chaussures, car l’ensemble de leurs composants ne sont pas recyclables. Le plastique est partout ! Si il a su profiter de ces heures de gloire, aujourd’hui il est un réel problème environnemental malheureusement incontournable.

Nous avons donc opté chez Umòja pour une solution 100% végétale et zéro plastique en remplaçant tous les empiècements problématiques par quatre matériaux bruts et naturels, traçables et biodégradables : du coton biologique, du lin du chanvre et du lait d’hévéa dont la fin de vie est facilement maitrisable.

C’est ainsi que MMEA [méa] est née !

L’autre mission d’Umòja et non des moindres, est de valoriser les savoir-faire textiles ancestraux d’Afrique subsaharienne. Pour notre première collection nous avons collaboré avec différents artisans : au Sénégal, au Mali, en Ouganda, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire… C’était beaucoup de travail, ça nécessitait beaucoup de coordination. Fort de ce constat il était compliqué pour nous, une jeune entreprise comme la nôtre, de travailler sur plusieurs pays en simultanément. Nous avons donc décidé de faire un pas en arrière et d’établir nos quartiers au Burkina Faso.

Depuis nos débuts, nous travaillons avec le Centre Adaja que nous avons accompagné dans sa mise en place d’une filière de teinture naturelle, à Ouagadougou, au Burkina Faso. L’idée est d’aller plus loin dans le partenariat, en accompagnant notamment les artisanes à améliorer leurs techniques de production, tout en apprenant à leurs côtés de de leur expertise artisanale.

Lancine et moi avons pris la décision de nous rapprocher au plus près de nos partenaires pour mieux comprendre le processus de production. C’est en travaillant à leurs côtés que nous pouvons nous rendre compte des difficultés auxquels ils doivent faire face au quotidien, de la complexité du travail, ainsi que des innovations et de la créativité mettre en lumière.

Nous avons donc tiré à la courte paille pour décider qui de nous deux (Lancine et moi-même) allait s’installer au pays des hommes intègres … ? Non ! Blague à part, je me suis proposé naturellement. Etant le principal interlocuteur de nos partenaires en Afrique subsaharienne depuis nos débuts, il ma semblé logique de poursuivre cette aventure avec eux. Cette décision a bouleversé ma vie dans un sens, passant de courts séjours de 2-3 semaines sur le terrain, à une installation permanente sur place. Le continent africain est loin d’être le bloc culturel uniforme – Comme on a souvent tendance à nous le présenter -, il est au contraire riche d’une multitude de cultures.

On ne fait pas du commerce au Burkina Faso, comme on le ferait au Congo, ou au Sénégal. Chaque pays à ses manières de fonctionner, celles-ci se basent sur des codes spécifiques qui nécessitent de prendre du recul, de faire preuve d’humilité et surtout de patience pour arriver à déceler tous les mécanismes et en tirer toutes les bonnes pratiques. Il m’a fallu les adopter : une nouvelle organisation, une nouvelle temporalité, m’imprégner d’une nouvelle culture, mais surtout être à l’écoute et ne jamais imposer mon point de vue. Observer, comprendre et grandir.

Mais, si vous le voulez bien, en ce qui concerne mon travail au coté des artisans du Centre Adaja, je vous propose de patienter encore un peu et de découvrir tout cela en détail dans un article à venir.

Autre chamboulement ces deux dernières années : l’équipe d’Umòja s’est agrandit ! Nous sommes passés de 2 cofondateurs à une équipe de 5 personnes. Mathieu Risacher, Marion Clément et Marion Aïdara nous ont rejoint pour continuer à faire grandir le projet. Grâce à cette équipe, nous avons pu développer MMEA [méa] dans un délais relativement court pour une démarche aussi innovante et disruptive. Chacun a su apporter avec bienveillance, rigueur et solidarité son regard et son expertise sur le développement de ce nouveau produit.

MMEA c’est notre vision de la parfaite alliance des savoir-faire textiles ancestraux et des matériaux naturels innovants produits par des acteurs qui œuvrent à faire autrement.

Elle offre la possibilité aujourd’hui d’assurer une fin de vie plus positive à nos sneakers tout en valorisant des savoir-faire textiles européens et burkinabés ancestraux. Plus qu’un simple produit, c’est une aventure guidée par le bon sens et le respect de l’environnement que l’on vous propose de vivre avec nous.

Avec cette nouvelle sneaker nous prenons un tournant à 360° en excluant définitivement toute matière plastique de nos prochaines collections. Nous voulons produire en accord avec les saisons de la Nature et non celles dictées par le milieu de la mode. Ces deux ans nous ont fait comprendre une fois de plus qu’il est possible de faire les choses différemment avec transparence, bienveillance et honnêteté.

LA solution n’existe pas, il existe plutôt DES solutions.

Dieuveil Ngoubou

Photos – @croguenneccharlaine